Présentation
"Ecrivains sans talent" se propose, grâce à la formidable puissance de l'Internet, de mettre à la disposition du plus grand nombre des textes écrits par des auteurs qui, bien que médiocres, revendiquent haut et fort le droit d'être lus.
"Ecrivains sans talent" se propose, grâce à la formidable puissance de l'Internet, de mettre à la disposition du plus grand nombre des textes écrits par des auteurs qui, bien que médiocres, revendiquent haut et fort le droit d'être lus.
Paul avait décidé d’en finir une bonne fois pour toutes avec la vie. Mais à chaque fois qu’il allait passer à l’acte, il éprouvait une telle angoisse qu’il devait renoncer. Alors il décida d’essayer sur sa femme, pour voir comment ça faisait.
Le rire est le propre de l’homme. Pourtant, ma mère n’a jamais ri de sa vie. Faut-il en conclure que ce n’est pas un homme ? On pourrait le penser, toutefois je suis là pour confirmer qu’elle possède tous les attributs d’un homme, un vrai : pilosité luxuriante sur les mollets, et quand on se risque à l’embrasser, ça pique. Pour être tout à fait rigoureux, je l’ai entendu rire une fois, pendant que j’étais dans la salle de bain. Je me suis précipité pour observer ce curieux phénomène, du savon encore plein les oreilles, mais elle s’était endormie sur son fauteuil. Seul le chat, unique témoin de la scène, aurait pu me renseigner. Mais outre que les chats ne parlent pas, celui-ci avait comme défaut supplémentaire de baigner dans ses viscères au milieu du salon.
Je l’ai ramassé tout sanguinolent et l’ai déposé dans un sac plastique que j’ai ensuite jeté à la décharge publique, pas très loin de la maison. Lorsque ma mère s’est réveillé, elle m’a demandé ce que j’avais fait du chat. Pris d’un fort sentiment de culpabilité, je n’ai pas su quoi répondre. Elle m’a alors accusé de l’avoir tué, et m’a envoyé dans ma chambre. La situation était risible, et pourtant, cela ne m’a pas amusé. Peut-être que je ne suis pas un homme, alors ? C’est ce que dit toujours maman, qui pourtant n’y connaît pas grand chose. Elle ne parle jamais aux hommes, sauf au boucher, un gros type luisant et rouge, tout comme la viande qu’il vend. Ils parlent tous les deux à voix basse, et souvent le boucher ri en s’essuyant les mains sur son tablier plein de sang. Lui, c’est un homme.
D’un point de vue pratique, cela paraît peu probable. L’œuf a besoin d’une poule pour voir le jour, et pourtant, une fois réduit à l’état d’omelette, il n’a que peu de pensée pour sa génitrice (qu’il a d’ailleurs très peu connue). Concernant l’homme, c’est tout à fait différent. L’homme a besoin d’une mère, ne serait-ce que pour nettoyer à l’aide d’un mouchoir humecté de salive le chocolat qu’il a autour de la bouche.
En plus, s’il n’avait pas de mère, l’homme ferait n’importe quoi, c’est à peu près sûr. Il ne mangerait que des bonbons, porterait son slip deux jours d’affilée et draguerait toutes les filles au lieu de travailler dur.
Plus contrariant encore, l’homme n’aurait plus d’idéal féminin : il ne pourrait plus passer son temps à arpenter la terre à la recherche d’un spécimen présentant peu ou prou les mêmes attributs que sa génitrice. (Ce qui peut parfois s’avérer un véritable casse-tête, si l’on connaît ma mère).
Et puis, on saurait pas à qui offrir nos cadeaux le jour de la fête des mères. Les rues seraient alors pleines de types errants avec dans les bras des cafetières Seb, des pierrades Tefal, des fours à micro ondes Goldstar, enveloppés dans un papier aux reflets chatoyants. Tout à leur chagrin, ils oublieraient d’aller travailler, et à courte échéance, ça serait la fin du monde.
La seule solution pour précipiter les choses consistait sans doute à tomber malade. Meldot entra à l’hôpital début juin. Les premiers jours, il se montra patient : elle n’allait pas réagir immédiatement. Le temps que la nouvelle se répande de bureau en bureau, que des questions se posent, des hypothèses s’échafaudent. Elle finirait bien par s’inquiéter et finalement lui rendre visite.
D’après les médecins, il serait sorti vers le 15. Ca laissait encore une bonne semaine.
Finalement, elle fit irruption dans la chambre quelques heures après l’opération. Lorsque Meldot sortit de son sommeil artificiel, il crut d’abord à un rêve : elle était là, assise sur le bord du lit, et un sourire très doux ornait son visage. Il s’abstinrent de prononcer un mot afin de prolonger la magie de l’instant.. Elle lui prit la main, qu’il serra tendrement, s’irradiant de sa chaleur bienfaisante. Submergé de bonheur, il ne put cependant s’empêcher de rire intérieurement : il aura fallu la tension dramatique de cette hospitalisation pour qu’enfin ses sentiments se dévoilent sans retenue. Son infortune supposée avait servi sa cause, tel un extraordinaire révélateur. Les femmes étaient décidément très sensibles à la souffrance de l’homme. Son plan avait fonctionné à merveille.
Il ignorait encore qu’à la suite d’une terrible méprise, le chirurgien avait pratiqué le matin même l’ablation de ses deux testicules prétendument cancéreux.
Par la baie vitrée de l’hôtel, Agnès observait machinalement les deux enfants qui s’amusaient dans la neige. A cette heure matinale, la salle de restaurant était déserte, et la voix de sa mère emplissait l’espace vacant.
- Tu les aimes tes enfants, n’est-ce pas ?
Elle avait un petit sourire suppliant. Agnès pris son bol de café entre ses deux mains et souffla machinalement dedans, puis elle dit d’un ton las : « Non, maman, je ne les aime pas, et tu sais très bien pourquoi. » La vieille femme eu un mouvement de recul, et son sourire se transforma en rictus : « Comment peux-tu dire ça ? C’est révoltant ! ». Agnès souffla et regarda à nouveau les enfants. Emmitouflés dans leur anorak, les pieds noyés dans la neige épaisse, ils offraient un spectacle attendrissant.
- Je n’ai pas d’enfants, je n’en ai jamais eu.
La mère s’était mise à pleurer en silence, et de lourdes larmes s’échouaient sur la nappe blanche avant d’être absorbées par le tissu. Derrière elles, on pouvait entendre à présent les bruits de la cuisine, casseroles entrechoquées et plaisanteries ponctuées de rires sonores. Agnès pris les mains de sa mère entre les siennes, les garda longtemps sans prononcer une parole. Elle la fixait avec une attention curieuse, comme si elle l’apercevait pour la première fois.
Puis, en lui adressant le même petit sourire suppliant, la fille dit :
- Et moi, tu m’aimes, n’est-ce pas ?