Mardi 29 novembre 2005 2 29 /11 /Nov /2005 16:35

Bitot éclusait sa rancœur au comptoir du Stadium, seul comme un chien, les deux pieds ancrés dans la sciure striée de mégots froids. Une bière, puis deux, et puis du vin rouge aussi, et tiens le loufiat, tu me donneras un œuf dur, ça me calmera mes aigreurs…
Bitot scrutait d’un œil rougit les vrp en cravate qui s’envoyaient des apéros en riant fort. C’était l’heure du midi,  les bruits de couverts et les discussions couvraient presque le son du juke-box.
« Emmènes-moi.. Emmènes-moi loin d’ici, mon amour »
 Ah c'est bien ce qu’il avait fait, le salaud ! Barré avec sa Julie, ce gros con… Tiens, il ressemblait à ce type avec la veste bordeaux, celui qui fume un cigarillo en poussant sa fumée vers le plafond, là où stagne ses prétentions de petit cadre, tout petit cadre moyen. Encore un qui baise les ouvriers comme Bitot, et puis sa femme par dessus le marché ! Il avait finit d’éplucher son œuf. Il l’écrasa sur la face de veste rouge, en appuyant bien fort et en tournant la main, comme avec un presse-agrume.
« Tiens, de la part de Bitot, et de tous les misérables cocus souillés par les exactions de ta petite queue fouineuse ! » Il traversa le café figé comme un musée de cire et sortit, le menton haut, sans même payer l’addition.

 

 

 

 

Par François Dumont - Publié dans : François Dumont
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